De Brétigny à Ivry : la lourde responsabilité des transports publics

En juillet, la catastrophe de Brétigny a installé au fond de nous une désagréable angoisse. La SNCF laisse-t-elle circuler chaque jour des trains sur des voies ferrées hors d’âge et des aiguillages qu’elle sait à bout de souffle ? En août, l’horreur de Saint Jacques de Compostelle n’a fait que renforcer nos soupçons. Voici établi qu’on confie des TGV et la vie de centaines de passagers à des conducteurs capables de pulvériser sans raison les limitations de vitesse. Et voilà que le mois de septembre vient encore noircir le tableau : j’apprends que les bus parisiens ne sont pas plus sûrs que les trains et que la RATP prend d’étranges libertés avec notre sécurité.

L’accident d’Ivry sur Seine n’a pas défrayé la chronique. Il n’a fait que cinq blessés parmi les passagers du bus mais un mort dans la voiture percutée. C’est sa veuve qui, blessée elle aussi dans l’accident, a apporté tout le dossier au cabinet. L’atroce ironie du sort veut que le couple se rendait ce jour de juin au cimetière, fleurir la tombe d’un proche, lorsqu’ils ont été heurtés. L’autobus roulait à plus de 50 km/h. Il n’a même pas freiné. Il faut dire que le chauffeur n’a rien vu. Il envoyait un message sur son portable. Les caméras de surveillance l’ont filmé, démarrant de l’arrêt, tête baissée sur son téléphone, sans un regard pour la route pendant les dix secondes précédant l’accident.

Le pire pourtant est encore à venir. Depuis son entrée à la RATP en 2007, cet homme a réussi l’exploit de totaliser vingt accidents. Vingt accidents en cinq ans de métier, de la tôle froissée jusqu’au blessé grave, et sans que la RATP ne s’en émeuve outre mesure. Il a même été condamné en 2008 pour conduite en état d’ivresse. Son permis a été suspendu quelques mois. Mais à l’issue de la sanction, la RATP, généreuse, lui a redonné le volant. En 2012, il part en prison, cette fois pour vol. Condamné à deux ans dont dix huit mois avec sursis, il fait appel et sort. La RATP, encore une fois, l’accueille à bras ouvert. Toutefois ses supérieurs éprouvent enfin le besoin de soumettre le chauffeur à un stage d’évaluation. Le résultat est catastrophique. Tant pis : on remet l’homme au volant en lui confiant la responsabilité quotidienne de dizaines de voyageurs.

Cette fois, l’homme a tué. Aux policiers qui l’ont interrogé, il a déclaré qu’il avait pris son téléphone parce qu’il se sentait en confiance sur son couloir de bus. Et qu’il espérait continuer à la RATP.

Je ne sais pas ce que fera la RATP. Mais je sais que je vais déposer plainte contre son PDG pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui. On ne peut être à la tête d’une immense entreprise de transport public et couvrir de tels agissements. On ne peut multiplier les comptes Twitter et les pages Facebook pour redorer à grand frais son image et se moquer ainsi de la sécurité de ses clients ou des autres usagers de la route.
Pour la catastrophe de Brétigny comme pour l’accident d’Ivry sur Seine, il faudra bien que la justice se prononce sur la lourde responsabilité des transporteurs publics.

Share
Ce contenu a été publié dans Accidents de la route. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

captcha

Please enter the CAPTCHA text

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>