Victime à 11 ans d’un chauffard sur un passage protégé

pieton attentionLa France ne bruisse que des résultats du premier tour, des sondages sur le second. Dans le maelstrom présidentiel, Mathurin a vite disparu des radars de l’actualité. C’est pourtant à lui que je pense aujourd’hui, à sa vie fauchée, à sa famille sans doute ravagée par le désespoir.

Il avait onze ans. Il traversait l’avenue Gambetta à Paris. Sur un passage protégé, comme on le lui avait appris. En regardant à gauche, puis à droite, comme il le fallait. Mais toute cette prudence ne lui a servi à rien. Une camionnette, lancée à pleine vitesse et à contre sens, ne lui a laissé aucune chance.

On appelle cela un accident. Et ce que ce mot transporte avec lui d’imprévu, de hasard et de banalité nous pousse trop vite à tourner la page, à ranger la mort d’un enfant au rayon des faits divers. Les candidats à la présidentielle ne se sont pas précipité avenue Gambetta. Le président toujours en exercice n’a pas reçu la famille, ni dénoncé les agissements d’un dangereux récidiviste ni l’incurie de la justice. Ce n’est pas le meurtre de Laetitia[1]. Ce n’est pas une affaire d’Etat.

Et pourtant. Les premiers éléments de l’enquête – tels que les rapportent les médias- ont de quoi faire réfléchir. L’individu qui a tué Mathurin roulait trop vite. Pour son travail semble-t-il. Il n’a pas supporté d’attendre derrière une file de voiture qui doublait lentement un camion arrêté. Il a pris des risques insensés en empruntant une voie de bus à contre sens. L’homme avait fumé du cannabis. Il n’avait plus de permis. Et ce n’était pas la première fois qu’il se trouvait dans cette situation. On lui avait déjà supprimé tous ses points en 2008 pour de multiples excès de vitesse. Il avait repris le volant sans permis, tenté d’échapper à un contrôle routier s’était fait prendre et condamné. Sans doute avec sursis. Depuis, il avait sans doute retrouvé son permis puis reperdu ses points. Et repris le volant en toute illégalité.

Du point de vue de la loi, tout cela ne change pas grand-chose. La mort de Mathurin n’est toujours pas un meurtre mais un homicide involontaire. Le chauffard de l’avenue Gambetta n’a pas voulu tuer cet enfant. Mais, avec une telle accumulation d’infractions volontaires et répétées, il a tout fait pour.

Il est parfaitement légitime de s’interroger sur le meurtre d’une jeune fille par un délinquant sexuel récidiviste. Et de débattre à l’occasion du fonctionnement de notre justice. Pourquoi ne serait-ce pas le cas pour l’exécution d’un enfant par un chauffard récidiviste ? D’autant que la délinquance routière fait chaque année considérablement plus de victimes que les prédateurs sexuels.

Il ne s’agit pas de lancer une nouvelle polémique pour qu’on triture le code pénal, qu’on renforce encore les sanctions. J’aimerais seulement qu’on applique la loi. Et surtout qu’on cesse de la mettre en question. Si l’homme qui a tué Mathurin avait été sanctionné la première fois sans sursis, s’il avait su qu’il avait peu de chances d’échapper à des contrôles, qu’une nouvelle condamnation signifiait à coup sûr la prison, peut-être aurait-il hésité avant de remonter l’avenue Gambetta à contre sens et à pleine vitesse.

Mais à la veille d’une élection, l’ambiance n’est pas aux contrôles routiers, ni au rappel de la loi. On a même entendu Mme Le Pen et une partie de l’UMP remettre en question le permis à point et plaindre les malheureux obligés de reprendre le volant dans l’illégalité pour ne pas perdre leur emploi.

De tels propos ne peuvent qu’ajouter au mépris des lois, qu’encourager la délinquance. L’histoire de la sécurité routière démontre que le bilan s’alourdit dès que s’affaiblit la volonté politique, dès que les contrôles se relâchent ou que la justice banalise.

Je souhaite seulement que la mort d’un enfant de onze ans sur un passage protégé fasse enfin taire les dangereux démagogues et incite le prochain président de la République, quel qu’il soit, à ne pas reculer d’un pas dans le combat pour la sécurité routière.


[1][1][1][1] En février 2011, le meurtre de la jeune Laetitia par un récidiviste avait provoqué la mise en cause du fonctionnement de la police et de la justice par le président Nicolas Sarkozy.

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