Faut-il réduire les vitesses autorisées ?

Pour sauver des vies, faut-il réduire les vitesses autorisées ? Sur le papier, il n’y a aucun doute. Le lien entre le nombre d’accidents, leur gravité et les vitesses pratiquées par les automobilistes, est prouvé, depuis des années, par toutes les études scientifiques. La plus éclatante des démonstrations reste celle de notre histoire récente. Par deux fois, en 1973 et en 2002, on a réussi durablement à faire reculer la mort sur les routes françaises. La première fois, en instaurant les limitations de vitesse que nous connaissons. La seconde, en installant les radars qui verbalisent automatiquement les excès de vitesse.
Faut-il en conclure que le gouvernement a raison de vouloir abaisser à 80 km/h la limitation sur les routes départementales ? L’ennui, c’est que pour être efficace, une mesure contraignante doit être comprise et appliquée avec fermeté. Or, sur ces deux terrains, la France a baissé les bras depuis des années. On a laissé se vendre des alertes anti-radars. On a affecté à d’autres tâches policiers et gendarmes qui surveillaient les routes. On a oublié d’expliquer que réduire la vitesse pouvait diminuer la consommation de carburants, conformément aux engagements pris par la France à la COP21, pour sauver la planète et la santé de nos enfants. Surtout, on a laissé se répandre sans réagir, les torrents de « fake news » diffusées par des associations d’automobilistes qui affirment sans rire que les radars seraient des « pompes à fric », que les chauffards seraient rançonnés par les PV. Face à ses inepties criminelles, ces études truquées, ces mensonges en ligne, la direction de la sécurité routière n’a pas su réagir. Elle a perdu la bataille de la conviction. Et à cause de cette passivité, depuis quatre ans, la mort a regagné du terrain. La vitesse a mutilé encore plus de corps et de vies.
Si la limitation à 8O km/h n’est pas comprise par l’opinion, elle ne sera pas respectée. Les contrevenants seront plus nombreux s’ils ne sont pas certains d’être contrôlés et sanctionnés. Et les vies ne seront pas sauvées. Pour gagner ce combat, il faut d’abord livrer la bataille de la conviction. Il faut reprendre l’offensive contre la désinformation, inviter les associations d’automobilistes à visiter les services d’urgence et les centres de rééducation, multiplier les témoignages de victimes à la télévision. Il faut imposer une sensibilisation aux risques de la route dans les entreprises, les écoles, les universités. Il faut montrer la réalité aux journalistes, aux magistrats.
La France croit encore aujourd’hui que la liberté consiste à appuyer sur l’accélérateur dans être emmerdé. Il faut la convaincre que la liberté consiste à rentrer chez soi entier ou sans voir sa femme, son mari, ses enfants cloués à vie sur fauteuil roulant. Avec plus de 3600 morts et de 30.000 handicapés par an, cette liberté n’est pas assurée.

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