La catastrophe de Puisseguin relance le débat sur l’expertise des routes

Plus de de quarante personnes ont trouvé une mort horrible ce 23 octobre, brûlées vives sur une route de Gironde. Des personnes âgées qui venaient de monter dans un car pour partir en vacances, un enfant de trois ans qui accompagnait le chauffeur du camion qui venait en face. On ne sait pas encore pourquoi le camion obstruait la route. Mais on sait déjà pourquoi le car n’a pas pu l’éviter. Il suffit de regarder les images qui passent en boucle sur les chaînes d’information. La départementale 17 était, à Puisseguin, trop étroite pour que deux gros véhicules puissent s’y croiser aisément et la visibilité du virage était trop limitée pour que l’on puisse freiner à temps.

Quelles que soient les responsabilités des deux conducteurs, quelles que soient les raison pour lesquelles le car a pris feu, cette route n’a laissé aucune chance aux passagers. Le chauffeur du car, surpris au dernier moment par la présence du camion sur une partie de sa voie de circulation, n’avait aucun moyen d’éviter le choc du fait de l’étroitesse de la route. Les riverains l’affirment, les élus locaux le reconnaissent : l’endroit était réputé dangereux, deux poids lourds ont du mal à s’y croiser. Des accidents s’y étaient déjà produit. En haut lieu, pourtant, on s’empresse d’affirmer, avant même les résultats de l’enquête que l’infrastructure n’est pas en cause, que cette route de Gironde est sans histoire et qu’il n’y a pas de « points noirs » à Puisseguin.

Pouvait-on éviter le mort tragique de plus de quarante innocents en investissant dans la sécurité de cette portion de route ? Faut-il mettre en cause la responsabilité du conseil général qui gère les départementales ? Ou leur fait-on un injuste procès ? Qui croire ? Ceux qui empruntent chaque jour la départementale ou ceux qui examinent à Paris les statistiques ? On peut craindre qu’à la veille d’élections régionales, la vérité ait quelque mal à transpirer.

Le problème n’est pas neuf dans notre pays où la sécurité des infrastructures routières est pratiquement un sujet tabou. Mais il prend depuis le drame de Puisseguin une telle charge d’émotion et de colère qu’il sera difficile d’éviter une fois de plus le débat.

Pour le mener sainement, il faudrait à la France un petit supplément de démocratie. En évitant par exemple que ceux qui construisent et aménagent le réseau routier soient juges et parties, que les usagers n’aient pas voix au chapitre et surtout qu’il n’y ait pas d’expertise indépendante. On ne progressera pas sur la sécurité des routes françaises tant que ne sera pas créé une agence indépendante capable de rendre un avis motivé sur les infrastructures à la demande des élus ou sur pétition des automobilistes. Ce n’est qu’ainsi qu’on sauvera des vies.
Les associations de victimes de la route, les grandes voix de la sécurité routière, réclament cette réforme depuis des années. J’avais moi-même demandé cette réforme essentielle avant le dernier comité interministériel de sécurité routière. Je sais que les pouvoirs publics redoutent une avalanche de mises en cause et, partant, des dépenses importantes d’aménagement. Mais est-ce une raison pour sacrifier la sécurité de tous ?

J’espère qu’on ne fera l’impasse sur plus de quarante victimes innocentes. J’espère que le drame traumatisant de Puisseguin permettra de réveiller les consciences et de sortir la France de son archaïsme. Il est urgent si on veut développer le transport par car de retrouver confiance dans la sécurité de nos routes. Je le dis sans envie de polémiquer, sans mettre en cause M. Macron. Ce problème est trop crucial pour en fait l’objet de querelles politiciennes. Nous devons nous donner collectivement les moyens de savoir ce qu’il en est de l’état de nos routes.

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