Limitation de vitesse : une querelle absurde

La polémique qui enfle, ces derniers jours, autour d’une éventuelle limitation de vitesse à 8O km/h sur les routes secondaires, me laisse pantoise. Voilà encore une de ces vieilles querelles absurdes dont notre pays a le secret.

D’un coté on trouve les hystériques du champignon, les pseudos associations de conducteurs en colère qui crient au scandale et pétitionnent à tout va en prétendant que la vitesse n’est pas un facteur de mortalité sur la route. Ce sont au mieux des ânes, au pire des pousse-au-crime. Je les convie à faire un stage à l’hôpital de Garches, dans les centres de rééducation ou à passer une semaine dans mon cabinet. Ils verront, comme toutes les études internationales le montrent, que la vitesse est la cause principale du trop lourd bilan humain de l’automobile.

Et puisqu’il faut sans cesse redire les évidences, rappelons que les pertes de contrôle qui remplissent les procès verbaux d’accidents sont dues dans leur immense majorité à des conducteurs qui ne réduisent pas leur vitesse sur une route étroite, dans un virage, par temps de pluie, etc. Et rappelons encore qu’un choc à 80 km/h fait quatre fois plus de dégâts sur un corps humain que le même à 40 km/h. La vitesse est donc doublement coupable. Parce qu’elle provoque l’accident. Et parce qu’elle en aggrave les conséquences. Affirmer le contraire discrédite inéluctablement ceux qui s’époumonent aujourd’hui dans les médias.

De l’autre coté, on trouve un gouvernement qui cherche une mesure symbolique, à effet immédiat et peu coûteuse même si sa portée réelle reste très discutable. Si on baisse de 10 km/h la vitesse maximale, on réduira sans doute à la marge la gravité de certains accidents. On aura moins de morts mais autant de blessés, handicapés à vie. On passera à coté de la vraie réforme courageuse. Car le vice d’une baisse générale de la vitesse maximale autorisée est justement dans son caractère général qui la rend peu compréhensible et difficilement justifiable. Il est indéniable qu’il y a quarante ans, l’instauration d’une limitation de vitesse à 90 hm/h sur les routes et à 130 km/h sur les autoroutes a sauvé des milliers de vie. Mais aujourd’hui, si on veut aller plus loin, il faut se montrer plus audacieux et plus moderne. Et je ne comprends pas les associations de sécurité routière qui emboitent le pas aux projets supposés du gouvernement en renonçant à proposer des solutions nouvelles.

Chacun sait que sur quantité de routes secondaires françaises, rouler à 80 km/h est déjà une insulte au bon sens et à la plus élémentaire des prudences. Chacun sait que la France est remplie de départementales où il est impossible de se croiser, voir de maîtriser son véhicule à plus de 50 km/h. La véritable sécurité routière réclame une politique décentralisée qui tienne compte de l’état réel des routes existantes. Pourquoi ne serait-ce pas possible ? Chaque commune dépense en France des trésors d’énergie à élaborer un Plan Local d’Urbanisme règlementant dans le moindre détail, chaque mètre carré constructible. Il est autrement plus facile d’élaborer au niveau régional un plan de circulation fixant les vitesses maximales pour chaque route et chaque zone à risque en fonction, par exemple, de l’étude des accidents passés. Les décisions de limitation seraient alors lisibles par tout le monde et révisables en fonction des résultats. Et à l’époque du GPS et autre assistance à la conduite, il est permis d’imaginer que chaque conducteur soit informé en temps réel des vitesse praticables sur chaque voie de circulation utilisée.

Si l’Etat veut aller vite pour faire baisser la mortalité routière, il peut, comme il le fait pour l’urbanisme, imposer aux régions une date butoir pour l’élaboration de ce plan local de sécurité routière, date au delà de laquelle la responsabilité des collectivités locales pourrait être engagée en cas d’accident.

La seconde initiative véritablement efficace serait de remettre au goût du jour l’application de l’article R 413-17 du Code de la Route. Ce petit article trop souvent ignoré des automobilistes précise que la vitesse maximale autorisée n’est pas toujours la vitesse à laquelle il est permis de rouler. Le conducteur doit adapter sa vitesse à l’état de la chaussée, aux conditions du trafic, à la météo, etc… L’article énumère pas moins de onze recommandations à respecter sous peine d’une contravention de quatrième classe.

Le respect de cet article essentiel à la sécurité de tous ne peut, hélas, être confié à un radar automatique. Ce qui explique sans doute pourquoi il tombe en désuétude. On me dira que policiers et gendarmes n’ont pas les moyens d’être partout et de contrôler sans lourdeur les vitesses réellement pratiquées. Je suggère à nos constructeurs férus d’électronique nouvelle, d’équiper, à la demande de l’état, tous les véhicules d’une boite noire enregistreuse comme il en existe sur les cars et les camions. Le contrôle deviendrait alors simple et sans contestation possible.

Je suis sûre qu’une telle mesure, associé au plan local de sécurité routière, ferait plus qu’aucune autre pour calmer les excités de l’accélérateur et les irresponsables du volant. Pour diminuer rapidement le nombre de morts et de blessés sur les routes françaises Et les assureurs, qui en tireraient les premiers bénéfices seraient bien inspirer de la financer à coup de bonus ou de réduction des primes d’assurances.

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