Quand la RATP asphyxie ses victimes

Les lecteurs de ce blog se souviennent de cet automobiliste tué, l’an dernier, par un autobus parisien à l’entrée du cimetière d’Ivry ( voir « Quand la RATP dérape »). Le chauffeur du bus, déjà condamné pour conduite en état d’ivresse, rédigeait un texto sur son portable, au moment même où il fonçait sur la voiture de sa victime. Les informations données sur ce blog et reprises par les médias avaient soulevé l’indignation de nombreux lecteurs. Ils seront intéressés d’appendre que, malgré les circonstances accablantes pour son chauffeur, la RATP persiste à dire que la responsabilité de l’accident incombe à la victime. Un juge d’instruction a été nommé.

Ce n’est pas la première fois que la RATP fait preuve d’une rare élégance vis à vis de ses victimes. En avril 2004, Patrick, technicien chez PSA, se fait renverser par un autobus en excès de vitesse. Au traumatisme crânien, au coma, s’ajoute de multiples fractures et une grave entorse au genou qui va très mal évoluer. Après des années passées à essayer de sauver la jambe, les médecins vont se résoudre à amputer Patrick. Pour lui la situation est particulièrement dramatique. Il va perdre à la fois son emploi et son autonomie. Or son fils est atteint d’une myopathie sévère et sa femme est invalide à la suite d’une sclérose en plaque. Patrick qui s’occupait quotidiennement de son enfant, ne peut plus faire face.

La RATP connait parfaitement cette situation. Son chauffeur a été condamné par le tribunal correctionnel de Bobigny et la loi oblige la Régie à indemniser sa victime. Pas une seule fois pourtant, la RATP ne va proposer spontanément une provision permettant à Patrick de survivre dignement et surtout de payer les aides nécessaires à son fils. Au cours de ces dix dernières années, j’ai traîné dix fois la RATP devant le tribunal pour l’obliger à payer. Dix fois, elle a été condamnée. Et presque autant de fois j’ai du menacer pendant des mois de saisir un huissier pour obtenir le paiement des condamnations après de quatre ou cinq mois de vaine attente.

Est-ce de l’indifférence ou une stratégie délibérée ? Je ne sais pas. Mais pour Patrick, le résultat est le même : il a l’impression d’être devant un monstre froid qui l’oblige à mendier sa survie. Le 25 novembre dernier la RATP a été condamnée à payer pour l’adaptation du domicile de Patrick à son handicap. Aujourd’hui 3 avril, j’attends toujours que la RATP honore sa dette. J’ai envoyé un huissier frapper à sa porte…

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Une réponse à Quand la RATP asphyxie ses victimes

  1. . Brillamment écrit. J’espère en voir plus

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