Quatre morts dans le Morbihan : vider les tribunaux, remplir les cimetières

Le 29 juillet, la ministre de la Justice, Mme Christiane Taubira, a présenté en conseil des ministres un projet de loi prévoyant la dépénalisation de la conduite sans permis et sans assurances. Les conducteurs fautifs ne risqueront plus la prison mais une simple amende de 500 euros. On est saisi d’emblée par l’esprit d’à propos de ce gouvernement. A la veille du grand chassé-croisé des vacances, c’est un signal fort envoyé aux automobilistes : allez-y, tout est permis ! L’an dernier les morts et les blessés graves ont augmenté sur les routes, les délits sont en hausse de 17,6 %. C’est pas grave, continuons joyeusement !.

On comprend ensuite l’admirable cohérence du projet : on allège ainsi la charge des tribunaux. Et peu importe si on engorge du même coup les cimetières et les hôpitaux. Alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pour aider la justice, asphyxiée par des années de restrictions budgétaires, dépénalisons aussi la conduite en état alcoolique, sous l’emprise de la drogue, les grands excès de vitesse, ce que certains réclament depuis des années ! Ainsi, à coup de dépénalisation, on va rapidement revenir à 17.000 morts et 100.000 blessés graves par an que connaissait notre pays avant l’instauration de cette politique pénale.

La mobilité des jeunes, surtout en zone rurale, pose d’authentiques problèmes. Mais les résoudra-ton en faisant brusquement sauter tous les verrous ? Si on se souvient que l’investissement moyen pour passer son permis de conduire dépasse les 2.000 euros, quel message envoit-on en fixant à 500 euros le risque de se faire épingler sans permis? Est-il pertinent de signifier à un automobiliste privé de tous ses points pour de multiples infractions, qu’il peut, sans grand frais, continuer à défier la loi et à mettre en danger les autres ?

La sécurité routière est un domaine complexe. Plusieurs logiques s’y croisent qui ne vont pas forcément dans le même sens. Depuis des années, un comité interministériel a été institué pour éviter qu’une initiative ne vienne brusquement déstabiliser l’équilibre d’une politique. Un Conseil national de la sécurité routière a même été créé pour renforcer le temps de la réflexion et de la confrontation des idées. Mais il semble que ce gouvernement ait décidé de se passer de toutes ces précautions et de passer outre les institutions crées pournous protéger de la précipitation et de l’aveuglement.

Cinq jours après l’annonce de la dépénalisation de la conduite sans permis, quatre jeunes du Morbihan trouvent la mort, dix autres sont gravement blessés. Ces quatorze gamins s’étaient entassés dans une fourgonnette empruntée à l’insu des parents. Ils revenaient d’ue fête. Le conducteur n’avait pas de permis. Je pense à la douleur de leurs familles. A leur colère, aussi.

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2 réponses à Quatre morts dans le Morbihan : vider les tribunaux, remplir les cimetières

  1. Guérin Gilles dit :

    Bonjour Madame,
    Je tombe sur votre site, sans avoir entendu parler de votre combat. Votre défense des victimes semble noble et moi-même victime, à faible vitesse heureusement, d’une petite route fraîchement goudronnée aux talus non rehaussé et au revêtement glissant par petite pluie, je serais le premier à trouver que l’état est extrêmement exigeant avec l’automobiliste et pas du tout sur ses propres responsabilités. Là, où vous me faites peur, c’est que comme toute victime de la route, vous enfourchez votre blanc destrier afin de pourfendre le « relâchement » de l’automobiliste, vous faisant ainsi l’avocate de la « répression rentière » à tout va, sans doute indirectement, parce que vous semblez faire l’économie de la réflexion, voir d’une remise en question personnelle(!?). Pourquoi pensez-vous que les conduites sans assurances, voir sans permis augmentent? Parce que les pouvoirs publiques répriment en ayant simplement trouvé la vitesse comme cause unique et …Rentable, au lieu de responsabiliser, de former, d’éduquer, long travail répétitif et toujours à parfaire. Cela lui permet de faire l’économie, à lui aussi, de la réflexion et de l’étude des causes des paramètres multiples causant les accidents, généralement à caractère essentiellement humain que la réduction de la vitesse, ne fait qu’accroître, en déresponsabilisant. Trop de règles inflexibles tuent la loi et le code qu’il faut appliquer par compréhension et non uniquement par répression, toujours accentuée et finalement, nous le constatons…Inefficace!. le résultat ne s’est pas fait attendre: La prolifération, suite à une politique de violence et de retrait de Permis avec toutes les conséquences sociales dont on ne parle jamais, de personne poussées à rouler sans permis !
    Alors attention, réduire la vitesse, il le fallait; réduire l’automobiliste lambda au rôle d’assassin en puissance sur des critères de vitesse subjectifs…Je dis, prenons garde à nos libertés et à la toute puissance dévolue à une police qui a mieux à faire, et trop encline à verbaliser Mr, Mme tout le monde au mépris de la démocratie de plus en plus, que la réelle délinquance dangereuse !
    La vie se termine par la mort et la vie ne trouve son sens que dans son rapport à la mort…Alors attention a ce « sécuritaire » absolue qui finit, au nom de la vie par la tuer ! Halte à ,la culpabilisation, halte à une vie aseptisée dans une course à la « Tolérance zéro » inexistante ! Sarkosy s’est fait élire Président sur cette preuve de fermetée…Nous en voyons les tristes résultats sur  » les veaux » que nous sommes! Pourquoi personne ne s’élève contre la mortalité des accidents domestiques bien supérieure, la mortalité mille fois plus importante des maladies, etc, …parce que l’état n’a pas encore trouvé le moyen d’en rentabiliser la répression…impossible ! Les accidents de la route me semblent moins pénible que l’iniquité et la mauvaise foi de nos dirigeants qui donnent à voir plus qu’ils ne voient la donne ! Continuez votre beau travail en en limitant les conséquences pernicieuses,svp.
    Merci à vous, Madame, et recevez mes sentiments les meilleurs.

    • Jehanne Collard dit :

      Cher Monsieur,

      je dînais, il y a quelques jours, dans un restaurant parisien et ai entendu, sans le vouloir, la conversation de la table voisine. Une jeune femme d’une quarantaine d’année se vantait d’avoir fait le trajet Chalons en Champagne – Bruxelles à 160 km/h de moyenne et en évitant les radars ! Son mari ajoutait qu’elle était capable en même temps de répondre au SMS de ses amis. Ces révélations ont mis toute la table en joie.

      Oui, je suis pour la répression de ces irresponsables qui croient que le code de la route est fait pour les autres. Oui, je me bats pour que ces gens là soient traduits devant des tribunaux parce que je côtoie chaque jour leurs victimes.

      Rassurez-vous : la France est encore loin du tout sécuritaire. Plus de la moitié des conducteurs flashés par les radars ne se voient pas retirer de points. Les grands excès de vitesse ne débouche que rarement sur des permis supprimés. Les conducteurs en état d’alcoolémie ne risquent pas grand chose devant les tribunaux. Et cela à cause d’une informatique défectueuse, de fichiers périmés, de mauvaise communication entre administrations, d’une justice à bout de souffle.

      C’est cette situation consternante que je continuerai à combattre. C’est elle que vous devriez redouter pour l’avenir de notre démocratie et pour celui de nos enfants. Des vôtres, monsieur, comme des miens.
      Merci pour votre lecture attentive de ce blog et pour avoir dialogué avec moi.

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