Concours d’âneries sur les radars mobiles

Il est des pays où on se bat aujourd’hui contre la dictature. D’autres où on se mobilise pour la démocratie ou les droits civiques. Dans la France de mars 2013, on se passionne seulement pour le droit d’accélérer en paix, de dépasser les vitesses autorisées sans être flashé.

Le sujet a presque éclipsé l’élection du pape François, la poursuite des massacres en Syrie, la guerre au Mali. Et même l’accident de Jalabert, l’ancien champion cycliste  renversé par une voiture ! Tout le week-end, on a vu défiler, sur les plateaux de radio et de télévision, la cohorte des opposants aux nouveaux radars mobiles dénonçant l’imposture, l’atteinte aux libertés, le racket fiscal, la victoire du ministère des Finances sur la sécurité routière entre autres inepties.

Comme on ne m’a pas invité sur les plateaux pour répondre à ce déluge d’âneries, je me permets de rectifier ici un certain nombre de contre vérités :

1) Non, la France n’est pas la championne de la persécution des pauvres automobilistes. Que nos avocats du champignon aillent rouler aux Etats-Unis : les radars embarqués y sont utilisés par tous les shérifs depuis belle lurette. Voilà des années qu’ils traquent également les chauffards en Grande Bretagne ou en Allemagne. Notre pays a donc un train de retard dans la lutte contre les excès de vitesse et elle a raison de le rattraper. Les radars montés dans des véhicules de police banalisés sont des outils trés efficaces contre la délinquance routière. Et surtout, ils dissuadent les fanatiques de la vitesse de se livrer à leur petit jeu habituel : ralentir avant le radar fixe pour accélérer ensuite.

2) Non, il ne s’agit pas de traquer le pauvre automobiliste distrait pour un infime dépassement de 2 ou 3 km/h. Le système de radar mobile n’est vraiment fiable qu’avec une marge de 10 km/h. Il sera donc réservé aux grands excès de vitesse, à ceux qui mettent en danger la sécurité de chacun.

3) Non, on n’échappera pas au retrait de points sur le permis, comme le promet un mystérieux Automobile Club des Avocats (certains de mes confrères sont-ils tombés si bas ! ?) . Certes le système ne permet pour le moment que de flasher l’arrière d’un véhicule qui double la voiture de police à vitesse excessive. Mais d’ici quelques mois à peine, il permettra également de mesurer la vitesse d’un automobiliste qui croisera le radar des forces de l’ordre. On verra donc parfaitement le visage du conducteur et il sera inutile de tricher en prétendant que votre voiture était conduite par un inconnu !

4) Oui, les amendes de 135 euros sont bien dissuasives. J’ai entendu avec stupeur mon confrère, Maître de Caumont, affirmer que les fous de l’accélérateur se recrutait dans des catégories aisées qui n’étaient pas à cents euros près. Il doit confondre avec la clientèle de son cabinet ou ignorer qu’on vit une grave crise économique !

5) Non, il ne s’agit pas d’un racket fiscal. En abusant des facilités de langage, on finit de pervertir toutes les échelles de valeur. La délinquance ne se trouve pas du coté des forces de l’ordre qui tentent de sauver des vies mais du coté de ceux qui enfreignent la réglementation et voudraient de surcroît le faire en toute impunité.

Le plus stupéfiant dans tout cela, n’est pas que les talibans du volant profèrent autant de contre-vérités. On en a hélas l’habitude. Non, le plus triste, c’est que les médias leur accordent soudain une oreille complaisante, accueillent leurs mensonges sans prendre la peine de vérifier, sans l’ombre d’un recul critique. Il y a quelques années, la sécurité routière était encore un sujet sérieux, traité par des journalistes compétents, parfois même touchés dans leur propre famille par la folie de la vitesse.

Se dit-on aujourd’hui que la route tue moins et que l’on peut relâcher le sérieux et la vigilance ? Allons ! C’est toujours 5.000 morts et 100.000 blessés par an. Aussi désastreux qu’une guerre.

 

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