Sécurité routière : ne pas se tromper de politique

Comme je le redoutais sur ce blog, le mois dernier (voir « Sur la route, la mort revient »), l’horreur et l’absurdité reviennent sur nos routes. Les chiffres de la sécurité routière pour le mois de novembre confirment ce qu’annoncaient ceux d’octobre avec une nouvelle augmentation du nombre de victimes.Sur les onze premiers mois, il y a déjà une hausse de 5 % du nombre du tués et de 2,6 % du nombre de blessés. Après douze ans de baisse continue, l’année 2014 sera donc celle du retour de l’affligeante barbarie qui endeuille chaque jour une dizaine de familles françaises.

J’entends certains, ce matin, réclamer des mesures spectaculaires comme la limitation à 80 km/h de la vitesse sur toutes les routes où elle était fixée à 90 km/h. De quoi relancer, sans doute, une belle polémique avec les groupes de pression des conducteurs et de l’industrie automobile. De quoi, hélas, enterrer le vrai débat sous des affrontements idéologiques stériles. Arrêtons, par pitié, d’agiter des chiffons rouges en tout sens. Si l’on veut sauver des vies, il ne faut pas renoncer à l’intelligence. La bétise d’une limitation générale saute d’abord aux yeux. Il y a des routes sur lesquelles il est possible de rouler à 90 km/h. D’autre sur lesquelles 80 km/h ou même 60 kh/h est aussi dangereux. Les limitations de vitesse devraient être adaptées à chaque infrastructures. On a aujourd’hui les moyens d’évaluer leur sécurité. Mais au delà du simple bon sens, il y a plus grave : réduire généralement la vitesse de 10 km/h n’aurait aucune conséquence sur le triste bilan de l’insécurité routière.

L’intelligence commande d’abord de regarder les chiffres en face. Et les chiffres sont clairs : le nombre de victimes augmentent alors que celui des accidents reste stable. L’explication de cet apparent paradoxe se trouve dans le détail des chiffres. Ce sont les usagers les plus fragiles qui paient aujourd’hui le plus lourd tribu à la violence routière : 15 % de plus chez les piétons, 5 % de plus chez les cyclistes, 9 % de plus pour les cyclomotoristes. Les autres catégories restent stables.

Pour ces usagers qui ne sont pas protégés par des carosseries, des airbags, ou des casques, une diminution de 10 km/h de la vitesse ne changera pratiquement rien à la violence des chocs et à la gravité de leurs conséquences. Pour sauver les piétons, les cyclistes, les cyclomotoristes, il faut soit abaisser beaucoup plus radicalement la limitation de vitesse, soit combattre les causes de l’accident. La première piste étant irréaliste, seule la seconde a des chances d’être efficace. Il faut une fois de plus combattre tous les comportements qui perturbent l’attention des conducteurs : l’alcool, la drogue, le téléphone au volant et bien entendu les excès de vitesse. Il faut surtout renforcer les contrôles et la certitude de la répression. C’est l’action conjuguée des radars automatiques, des contrôles de police et de gendarmerie, des décisions des tribunaux qui ont permis la modification des comportements et la baisse des accidents ces douze dernières années. C’est cette cohérence qu’il faut aujourd’hui retrouver.

Qu’on me comprenne bien :je ne suis pas devenue une avocate de la vitesse. Je ne défends pas les 90 km/h sur les routes. Je pense seulement qu’en matière de sécurité routière, comme en bien d’autres domaines de la politique, une mesure forcemment impopulaire (personnne n’aime être limité dans sa liberté et contrôlé) se doit d’être efficace pour être comprise. Et comprise pour être respectée.

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