Bébés Depakine : la double peine des épileptiques

Nathan a des troubles de la vue, de l’ouïe et du langage, Marie est dysphasique et légèrement autiste. Albin a deux pouces à la main droite. Ce sont tous des « bébés Dépakine ». Leurs mères ont eu le malheur de prendre ce traitement antiépileptique lorsqu’elles sont tombées enceintes. Personne ne les a alertées du risque qu’elles prenaient pour leur enfant. Personne ne les a informées que, pour une épileptique sous traitement, une grossesse doit nécessairement se planifier.

Le scandale des bébés Depakine est devenu public il y a quelques mois quand la première famille a porté plainte contre le laboratoire et l’Agence française du médicament. Mais il couve, hélas depuis très longtemps. Sanofi commercialise la Dépakine depuis plus de cinquante ans sous des appellations différentes. Or, dès 1982, des chercheurs signalent que le principe actif, le valproate, a des effets tératogènes, c’est à dire qu’il multiplie les risques de malformation du fœtus. Il faut pourtant attendre 2006 pour que le Vidal daigne mentionner ces risques et 2015 pour que l’Agence française du médicament réagisse. Trente années de silence coupable durant lesquelles on a exposé des dizaines de milliers de femmes à cette horreur : donner naissance à des enfants malformés ou mentalement retardés, à des vies mutilées.

On est encore là en France ! Cinquante ans après le scandale de la Thalidomide, trente ans après celui du sang contaminé, dix ans après celui du Médiator, l’omerta sur les dérapages de l’industrie pharmaceutique règne toujours. Et elle continue à tuer ou à briser des vies.

J’ai peur d’ailleurs que la Depakine ne soit que le début du scandale des neurologues. A lire attentivement la littérature scientifique, on s’aperçoit que la plupart des antiépileptiques peuvent avoir des effets tératogènes. Si le valproate est de loin la molécule la plus dangereuse et hélas la plus répandue, d’autres, plus anciennes, comme le carbomazépine et le phénobarbital sont soupçonnées d’augmenter, bien que dans une moindre mesure, les risques de malformations du fœtus. Et sur les nouveaux traitements, on n’a pas assez de recul pour pouvoir se prononcer. On sait aussi, depuis peu, que les traitements associant plusieurs antiépileptiques renforcent les risques. On apprend surtout que certain antiépileptiques rendent les contraceptifs oraux inefficaces si bien qu’une jeune femme sous traitement peut se trouver enceinte sans l’avoir désirer , ni avoir pu prévenir le risque de malformation du bébé !

J’ai, parmi les victimes qui m’ont confié leur sort, beaucoup de traumatisés crâniens. Et dès que le traumatisme est sévère, l’épilepsie est une complication fréquente. Mais les crises peuvent se déclencher quelques jours ou quelques mois après l’accident. Les médecins leur prescrivent donc un antiépileptique à vie, bien souvent de la Dépakine ou du Tegretol (carbomazépine). En vingt ans, je n’ai jamais entendu un médecin expert, mettre en garde ma cliente contre l’éventualité une grossesse non désirée. Je n’ai jamais entendu une mise en garde sur la nécessité de programmer les grossesses pour pouvoir auparavant modifier le traitement. Je n’ai jamais entendu une alerte sur les risques de malformation d’un enfant. Je n’ai jamais vu tenir compte de ce préjudice avéré.

Je songe aujourd’hui à toutes mes clientes, victimes d’un traumatisme crânien, à la suite d’un accident. A toutes ces femmes que cette invraisemblable omerta risque de condamner à une double peine.

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3 réponses à Bébés Depakine : la double peine des épileptiques

  1. CHEVALIER dit :

    Chère Maître,
    Je me permets de vous signaler (pour moins « prêter le flanc aux laboratoires et médecins »!) que le principe actif du TEGRETOL est la CARBAMAZEPINE et non la carbomazépine comme mentionné par 2 fois dans votre article.
    Bien cordialement.

  2. VANESSA dit :

    Bonjour,

    malheureusement à ce jour, les études (et reconnaissance) des effets de la dépakine ne portent que sur les enfants exposés dans le ventre de leur mère. Pour ma part, on m’a mise sous dépakine lorsque j’étais bébé (18mois), et bizarrement, cela coincide avec l’apparition de certains troubles (de la vue et de l’audition notamment) que je n’avais pas avant. Si d’autres maman ont pu constater cela chez leurs enfants dans des situations similaires, ou si des personnes se reconnaissent ici, n’hésitez pas à vous faire connaître ; l’exposition in-utero n’est peut-être pas la seule à produire des effets secondaires irrémédiables, et si nous ne nous faisons pas connaître (et entendre), nous ne le saurons jamais…merci

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