Avaler la pilule ?

Les dangers de ces nouvelles pilules

Une toute jeune femme a été victime d’un grave accident vasculaire cérébral après avoir pris pendant quelques semaines une pilule contraceptive dite de « troisième génération ». Elle décide, il y a quinze jours, de saisir la justice d’une plainte contre le laboratoire phamarceutique et contre l’Autorité Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) qui a autorisé la mise sur le marché de ce contraceptif. Il suffit que cette plainte soit rendue publique par la presse et soudain, la panique semble gagner les milieux médicaux, les médias et  les pouvoirs publics.

On apprend qu’une trentaine de plaintes similaires seraient sur le point d’être déposées. Qu’aux Etats Unis, plus de 13.000 actions en justice contre les pilules de troisième et quatrième génération sont en cours. Que, partout en Europe comme dans le reste du monde, des études scientifiques ont montré les dangers de ce nouveau type de contraceptifs, pourtant massivement commercialisés depuis plus de quinze ans. Et qu’en France même, la Haute Autorité de Santé (HAS) a reconnu, il y a six mois que les nouvelles pilules entraînaient deux fois plus de risques de thrombose veineuse que les anciennes.

Certains dénoncent déjà un nouveau scandale sanitaire comparable à celui du Mediator. D’autres, au contraire,  critiquent l’effervescence médiatique et ne voient dans toute cette affaire qu’un complot contre la contraception et la liberté des femmes à disposer de leur corps.

Faut-il ou non interdire ces pilules ? On attendait la réaction des pouvoirs publics. Et voici que l’ANSM prend  hier enfin la parole…pour s’inquiéter du succès des pilules de troisième génération et menacer d’en réserver la prescription aux médecins spécialistes. Quant au Ministre de la Santé, il se contente d’annoncer que les dites pilules ne seront plus remboursées par la Sécurité Sociale à partir de fin mars 2013 au lieu de septembre 2013 comme prévu.

On nage en pleine absurdité. Car si les alertes scientifiques sont fondées, ces demi-mesures sont totalement insuffisantes Et si toute cette agitation ne repose sur aucune base rationnelle, les initiatives des pouvoirs publics ne peuvent qu’ajouter à la confusion et à la panique.

Moi, je pense aujourd’hui à ces centaines de milliers de femmes qui, sur les conseils de leur médecins, de la presse et des sites internet des laboratoires, ont choisi ce mode de contraception. Ces centaines de milliers de femmes condamnées d’un coup à vivre dans l’angoisse, à surveiller le moindre malaise, à obtenir un rendez-vous d’urgence chez leur gynécologue, à espérer qu’on leur fournisse des indications un peu plus claires sur ce qu’elles doivent faire.

Je ne suis pas qualifiée pour juger de la nocivité des pilules contraceptives de troisième ou quatrième génération. Mais j’ai plaidé trop de dossiers semblables, j’ai trop d’expérience professionnelle et de souvenirs pour ne pas  reconnaitre le diabolique scénario du scandale sanitaire. Un scandale qui combine la puissance des intérêts financiers et l’incapacité des pouvoirs publics à résister à la pression des laboratoires pharmaceutiques. Un scénario qui, du sang contaminé au Mediator , a déjà fait bien trop de victimes.

La pilule contraceptive est sans doute un symbole de la libération de la femme. mais n’en déplaise à certaines féministes crispées sur le passé , c’est aussi un gigantesque marché pour l’industrie pharmaceutique. Dès 2001, les rapports de la Haute Autorité de Santé soulignaient que les pilules de troisième génération n’avait pas plus d’efficacité que les précédentes, que les atouts dont elles se prévalaient n’étaient pas démontrés mais que l’augmentation des risques de thrombose, elle, était bien réelle.

Ces avertissements sont restés sans effet. Ils ont été noyés par la formidable machine à communiquer des laboratoires. Les articles dans la presse féminine, les sites internet ont vanté des pilules mieux supportées, des pilules qui ne faisaient pas grossir, des pilules qui ne provoquaient pas de boutons disgrâcieux sur la peau.

Quand, à partir de 2007, les laboratoires, fort de leur campagne de presse, ont demandé que leurs produits soient remboursés par  la Sécurité Sociale, les risques n’avaient pas changé mais personne – pas même la HAS- n’a osé s’opposer à la demande.

En donnant le feu vert au remboursement, on a bien évidemment dopé le marché. Et l’Autorité Nationale de Sécurité du Médicament est bien hypocrite aujourd’hui de dénoncer la prescription massive de ces contraceptifs. Au nom de quoi les médecins pouvaient-ils freiner la consommation de produits autorisés par les pouvoirs publics, vantés par les médias et remboursés par la Sécurité Sociale?

Si les dangers de ces nouvelles pilules sont demain confirmés par la justice, alors ni les laboratoires, ni les pouvoirs publics ne pourront échapper à leur lourde responsabilité.

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