Le ministre de la Justice passe aux aveux

Enfin ! Ce fut ma première réaction quand j’ai appris que le nouveau Garde des Sceaux avait annoncé, dans un entretien au Journal du Dimanche, que la justice française se trouvait en de cessation de paiement et dans un état d’urgence absolue. Enfin, un ministre a le courage de reconnaitre un scandale que je dénonce sur ce blog depuis des années, le courage d’admettre que tous ces prédécesseurs, de gauche comme de droite, ont pêché par indifférence ou par incompétence. C’est enfin une bonne nouvelle pour tous les justiciables, et d’abord pour les victimes, avec le début d’une prise conscience.

A la lecture de l’entretien, mon enthousiasme s’est refroidi, mon optimisme aussi. Le constat de faillite prononcé par M. Jean-Jacques Urvoas, s’il fait les gros titres, n’occupe en réalité qu’une mince partie de l’article. Le reste est hélas consacré aux habituelles batailles politiciennes autour des réformes constitutionnelles. Surtout, le diagnostic du ministre est bien maigre : des factures impayées, des magistrats sans bureau et sans greffier, un tribunal qui n’aurait plus de papier pour ses imprimantes. Un seul tribunal vraiment ? M. Le Garde des Sceaux n’a pas du pousser bien loin ses visites dans les juridictions. Il n’a pas du essayer de joindre au téléphone les palais de justice comme mon cabinet le fait chaque jour au prix de longues attentes. Il ne s’est pas donné la peine d’assister à ces audiences correctionnelles surchargées qui dans toutes les juridictions, s’achèvent tard dans la nuit. Il a oublié de consulter ses indicateurs de performances qui montrent d’année en année un allongement, dans toute la France, des durées de procédure. Il n’a sans doute jamais parlé avec une victime d’accident qui attend, clouée sur son lit, une date d’audience, un jugement en référé ou la copie d’un arrêt.

Il saurait, sinon, que le désastre va bien au delà d’une simple cessation de paiement. C’est l’institution entière qui est en état de coma dépassé et qui trahit ainsi les espoirs et les attentes de millions de Français. Cette situation devrait logiquement provoquer immédiatement des interpellations de tous les responsables politiques, des réactions du premier ministre et du président de la République qui, d’après la constitution, est le garant du bon fonctionnement de la Justice.

Apparemment, il n’en est rien. Au sommet de l’Etat c’est silence radio. Dans les salons, on préfère gloser sur l’ habilité du ministre à se concilier les syndicats, ricaner sur la situation « courtelinesque » des tribunaux et de leurs fonctionnaires. Et il y a fort à parier que la sortie de M. Urvoas sera dans quelques jours, ou quelques heures complètement oubliée. Comme si la mort de la Justice se résumait à une simple comédie de boulevard ou à un « coup » médiatique. Comme si elle n’annonçait pas des catastrophes majeures pour une démocratie.

Priver les citoyens d’une justice rapide et efficace, c’est les condamner, à court terme au désespoir. Et l’Histoire nous a appris ce que provoquait le désespoir…

Share
Ce contenu a été publié dans Justice en panne. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

captcha

Please enter the CAPTCHA text

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>