Chez Generali, on spécule sur la mort des assurés

Simone n’est jamais loin. Elle est, parmi mes clients, de ceux qui ne me quittent pas. Pendant mes nuits d’insomnie, je l’imagine clouée sur son lit, incapable de bouger bras ou jambes, de respirer sans le tube enfoncé dans sa trachée, luttant depuis sept ans pour survivre contre la bêtise et la cruauté. Il y a sept ans, Simone dansait et enseignait la danse. Jusqu’à ce jour de février 2010, sur la route des vacances en Martinique, où la voiture conduite par son mari, gênée par un poids lourds, s’est renversée dans le fossé. Le diagnostic est tombé le lendemain : luxation des vertèbres C5 – C6, tétraplégie complète. Simone ne dansera plus. Elle ne pourra plus se déplacer, se laver ou se nourrir sans assistance. Elle ne pourra pas vivre sans un fauteuil électrique, un logement adapté et des soins quotidiens.
Le malheur de Simone ne s’arrête pas là. Le camion responsable a pris la fuite. C’est l’assureur de la voiture qui, aux termes de la loi, doit s’occuper de la passagère blessée. Hélas pour Simone, il s’agit d’une filiale tropicale de Generali. Tout le monde connait Generali, le puissant assureur, la firme au lion de Venise, le troisième groupe mondial. Simone aussi connaissait. Elle va découvrir qu’on peut être très puissant et se montrer définitivement misérable.
Dans les mois qui suivent l’accident, Simone est prise à la gorge. Elle n’a plus de revenus et des frais considérables. Son appartement est au premier étage sans ascenseur. Il lui en faut un autre, plus grand pour le fauteuil roulant, avec une chambre de plus pour les gardes de nuit. Il lui faudrait aussi de quoi régler les soins et l’assistance quotidienne dont elle va avoir besoin. Tous les assureurs le savent : en cas de tétraplégie, les sommes en jeu sont importantes et doivent être mobilisées avant que la victime sorte de l’hôpital. Mais cette fois-ci, chez Generali, on a choisi de ne rien savoir, de ne rien comprendre, de ne rien payer, de se comporter en barbare.
Face à l’attitude de Generali, Simone m’a confié son dossier et voilà sept ans que je me bats à ses cotés. Pendant tous ces années, devant les juges de Fort de France, de Créteil ou de Paris, Generali a consciencieusement abusé de tous les délais de procédure, communiqué ses conclusions au dernier moment, fait appel systématiquement. l’assureur sait bien que la justice française est saturée, qu’il faut deux ans pour obtenir une audience en appel et quelques mois de plus pour avoir la décision. A chaque fois, Generali a été condamné. A chaque fois, il a refusé de s’exécuter. Simone a du payer des huissiers pour saisir ce qu’on lui devait sur les comptes de l’assureur. Generali a contesté les saisies devant le juge.
La stratégie de l’assureur semble absurde. Puisque les droits de Simone sont garantis par la loi, pourquoi ce harcèlement ? Tout simplement parce que Generali sait que Simone est aux abois. L’argent des premières provisions a été englouti dans l’achat du nouvel appartement et des équipements nécessaires au quotidien. Simone ne peut plus payer les personnes qui doivent se succéder à son chevet. La mort dans l’âme, elle doit se résoudre à retrouver l’hôpital, son inconfort, son anonymat. A la tétraplégie s’ajoute la dépression.
Le calcul est cynique mais parfait. Si Simone meurt de fatigue, de découragement ou d’une de ces infections nosocomiales qui hantent nos établissements de santé, son dossier coûtera moins cher à Generali que si elle se bat pour vivre. Infiniment moins cher. J’ai beau réfléchir : je ne vois pas d’autres raisons à cet acharnement. Chez Generali, on spécule sans honte sur la mort des assurés. C’est plus rentable que la Bourse. Et quand on cible les plus handicapés, c’est beaucoup moins risqué.
Je vais sauver Simone. Mais pour sauver tous ceux qui seraient tentés de signer avec l’assureur, merci de faire circuler l’info sur tous les réseaux.

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