La mort d’un enfant lors d’un match de hockey

Dimanche 2 novembre, un enfant de huit ans est mort en assistant à une match de hockey à la patinoire de Dunkerque. Sa tête a été heurtée par un palet expédié involontairement par un joueur dans les tribunes. J’ai pensé, hier, au drame que vit la famille de ce petit garçon. S’y ajoute, ce matin, un sentiment d’effroi et de révolte : à chaque vacances d’hiver, mes petits enfants, séduits par ce sport si spectaculaire, me demandent de les amener voir un match. Si je n’ai jamais cédé encore à leur insistance, ce n’est pas par conscience du danger. J’aurais très bien pu les exposer eux aussi à un palet mortel.

Je comprends donc fort bien l’émotion collective, à Dunkerque et ailleurs, émotion dont les médias se sont fait le relais. Mais aux images se mêle insidieusement un insistant discours qui voudrait faire passer cet accident pour une simple fatalité. Un discours que je connais trop bien parce qu’on le serine à propos de bien des accidents pour diluer les responsabilités. On insiste ainsi sur le caractère « rarissime » de ce qui s’est produit à la patinoire de Dunkerque. C’est pour le moins surprenant. Certes, c’est la première fois, en France, qu’un spectateur meurt après avoir été percuté par un palet de hockey. Mais ce n’est pas la première fois qu’un palet quitte la surface de jeu pour les tribunes.

En Amérique du Nord où ce sport est beaucoup plus pratiqué et regardé, les accidents ont été nombreux, provoquant des blessures plus ou moins graves et ont donné lieu à des procès retentissants. Quatre accidents ont été mortels. Le dernier en 2002 a coûté la vie à une jeune fille de 13 ans dans les mêmes circonstances qu’à Dunkerque et a conduit les organisations sportives à modifier totalement les équipements de sécurité qui protègent les spectateurs. Les dirigeants de notre fédération nationale de hockey ne pouvaient l’ignorer.

Et même si, par extraordinaire, ils étaient ignorants des précautions qui entourent la pratique de ce sport outre atlantique depuis douze ans, le simple bon sens devait les inciter à agir. Le hockey est sport rude. Il suffit de voir l’équipement que revêtent les joueurs et de constater les blessures, parfois mortelles, qu’ils subissent malgré cela. Et il n’est pas insensé d’imaginer qu’un palet puisse échapper au contrôle des sportifs. Or, il suffit de consulter sur internet les photos de différentes patinoires françaises durant des compétions pour constater la disparité énorme des niveaux d’équipements en matière de sécurité. Et il suffit de consulter quelques photos de matches se déroulant outre atlantique pour mesurer l’anachronisme de nos installations.

La fédération de hockey ne peut se réfugier derrière sa jeunesse pour plaider l’innocence. 20.000 licenciés dont huit mille gamins, c’est largement suffisant pour se poser les bonnes questions avant un drame. Mais les municipalités qui gèrent ces patinoires et sont heureuses de proposer à leurs habitants de plus en plus de compétions spectaculaires, ne peuvent pas non plus jouer à l’autruche. On entend, par exemple, que la patinoire de Dunkerque était « aux normes pour le niveau de compétition qu’elle accueillait ». Là, les bras m’en tombent. Que l’on passe de la ligue 1 à la ligue 2 de hockey sur glace change-t-il quelque chose aux lois de la physique et au fait qu’un palet de 170 grammes propulsé à quelque 180 km/h est dangereux pour un crâne humain ?

Soyons sérieux : le niveau de compétition n’a aucun rapport avec les exigences de sécurité. Les normes de la fédération sportive cache en réalité un problème de gros sous. En ligue 1, les matches sont sans doute plus attractifs et ont tout chance d’attirer un public plus nombreux, générant des recettes plus importantes et des budgets plus conséquents pour mettre du plexiglas et des filets tout le long des tribunes. Voilà à quoi tient la vie d’un enfant.

La responsabilité des organisateurs de compétitions de hockey sur glace comme celle des gestionnaires d’équipements sportifs qui accueillent ces manifestations est bel et bien engagée par le drame de Dunkerque. Il est temps qu’on en débatte et qu’on cesse de se réfugier derrière les règlements. Non seulement pour le Mondial de hockey que la France prétend recevoir en 2017. Mais, bien avant cela, pour la sécurité de nos enfants.

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