Les victimes médiatisées doivent-elles être mieux indemnisées ?

La secrétaire d’Etat aux victimes a fait le déplacement.Elle est venue devant les micros annoncer l’accord entre les assureurs et les victimes de l’accident de car de Puisseguin. Accord historique selon elle car des indemnisations exceptionnelles, voire inédites, à la mesure de la catastrophe, auraient été accordées aux victimes directes comme à leurs proches.

Il s’agit en réalité des préjudices d’attente et d’angoisse qui concernent tous ceux qui doivent attendre trop longtemps les secours ou l’identification du corps d’un membre de leur famille. Si la reconnaissance de ce type de préjudice semble extraordinaire à la secrétaire d’Etat, il faut lui rappeler qu’ils ont été consacrés par la jurisprudence depuis plus de dix ans. Que leur reconnaissance a été obtenue de haute lutte par les victimes du sang contaminé et de l’amiante et qu’il a fallu encore quelques années de lutte pour que des victimes de la route puissent en bénéficier.

Les pouvoirs publics, les gouvernement successifs ne sont pour rien dans ces progrès de l’indemnisation. Au lieu de se féliciter que les victimes de l’accident de Puisseguin soient mieux indemnisés, il vaudrait mieux s’étonner que trop peu de victimes soient traitées avec cette équité. Car nombreux sont ceux qui, chaque année, doivent attendre les secours, coincés dans un fracas de tôles. Nombreux sont les parents qui doivent attendre des heures pour connaitre le sort de leur enfant parce que les force de police ne les informent pas ou les renvoient vers l’hôpital.Mais pour toutes ces victimes anonymes les assureurs ne sont pas prêts à reconnaitre les nouveaux préjudices et dommages corporels et les tribunaux peu disposés à les accorder.

Il faut, à l’évidence, que l’accident soit suffisamment médiatisé pour que les pouvoirs publics s’en mêlent et que tout le monde se souvienne des progrès de la jurisprudence. Tant mieux pour les accidentés ou les familles des disparus de Puisseguin. Mais est-ce pour autant acceptable pour les centaines de victimes anonymes qui ne bénéficient pas de la même attention ? Quand les assureurs de Puisseguin acceptent de payer les commémorations de l’accident pendant dix ans, comment réagissent les familles qui se voient refuser le prix d’un monument funéraire pour leur enfant renversé par un chauffard ? Est-ce vraiment justice que les victimes les plus médiatisées soient les mieux indemnisées. Au lieu de cautionner imprudemment un tel paradoxe, le ministère de la justice dont dépend la secrétaire d’Etat aux victimes serait mieux inspiré de sensibiliser les magistrats à l’importance des souffrances anonymes mais quotidiennes. A l’égalité du droit à réparation de tous les préjudices pour toutes les victimes.

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Une réponse à Les victimes médiatisées doivent-elles être mieux indemnisées ?

  1. Effectivement, les liens entre média et justice sont toujours sensibles, comme en témoigne récemment l’affaire Jacqueline Sauvage qui confirme vos propos.

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