Plus de justice pour les victimes des attentats du 13 novembre

Je préparais un billet pour la Journée Mondiale des victimes de la route du 15 novembre quand les terroristes ont frappé, une fois de plus, à Paris. J’ai abandonné ce blog pour me mêler à ceux qui suivaient le drame sur les médias, puis à la foule qui est allée se recueillir place de la République. Même si je vis quotidiennement avec la mort et la souffrance, celles de tant d’êtres jeunes tués ou blessés sur les routes, les circonstances de cet horrible massacre me ravagent. Car au Bataclan, comme aux terrasses de ces restaurants, c’est une haine absurde qui s’est acharné froidement sur tant d’innocence.

Je voudrais simplement apporter ma petite pierre à tous ceux qui aujourd’hui tentent de faire face et débattent publiquement des moyens à mettre en œuvre. Les attentats de Paris ont fait oublier la Journée de l’ONU pour la mémoire des victimes de la route. Peu importe. Pour ceux qui sont fauchés sur la route comme pour ceux qui sont tombés sous les balles des fanatiques décervelés de Daesh, l’urgence est la même. Les victimes ont certes besoin de commémoration, de compassion, de mémoire. Mais elles ont surtout besoin de justice.

Je pense aux familles des 132 victimes, aux foyers détruits, aux orphelins. Je pense aux 350 blessés dont certains resteront définitivement mutilés, paralysés, traumatisés. Je sais qu’après les larmes et les hommages, ils risquent de se retrouver seuls face aux difficultés du quotidien, à la nécessité de rebâtir une vie. C’est alors que les victimes ont un grand besoin d’une justice rapide, efficace, équitable. Depuis trente ans, cinq lois successives ont permis d’améliorer l’indemnisation, au nom de la solidarité nationale, les victimes d’attentats comme de tout autre infraction. Mais les progrès du droit et de la solidarité sont aujourd’hui battus en brèche par la crise de la justice.

Je plains d’avance les victimes des attentats du 13 novembre lorsqu’elles devront attendre des mois avant d’obtenir une date d’audience devant un tribunal surchargé de demandes, manquant de magistrats et de greffiers, pour contester le montant de leurs indemnités. Je sais, par expérience, qu’il leur faudra affronter des experts aux compétences lacunaires, à l’indépendance suspecte et pourtant inscrits sur les listes officielles des tribunaux. Je sais qu’elles auront du mal à obtenir, en temps et en heure, du Fonds de Garantie, les provisions suffisantes pour faire face avec dignité à leur situation. J’ai peur, qu’alors, le bel élan de solidarité d’aujourd’hui leur semble bien lointain.

Si on veut aider concrètement les victimes du 13 novembre, il faut que les pouvoirs publics consentent pour nos tribunaux le même effort que celui qu’ils mettent en œuvre, ces jours ci, pour la sécurité. IL faut en finir avec des années de disette et d’austérité qui ont rendu la justice française indigne des valeurs d’un grand pays. Il faut recruter des magistrats et des greffiers comme au recrute aujourd’hui des policiers et des gendarmes. Il faut donner à la justice les moyens de faire face à sa mission de réparation comme on donne aux forces de l’ordre et à l’armée les moyens d’affronter l’ennemi. Cela demande le même sursaut, la même volonté politique.

J’espère que la mobilisation de l’opinion, la gravité de l’heure rendront possible ce sursaut Pour les victimes des attentats de Paris et, au delà d’elles, pour les innombrables victimes d’accidents et d’infractions qui souffrent concrètement de la lente désagrégation de notre justice.

Share
Ce contenu a été publié dans Justice en panne, Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

captcha

Please enter the CAPTCHA text

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>