Edito

Pourquoi ce blog

Voilà plus de trente ans que je plaide la cause des victimes et j’ai eu envie de tout abandonner.

Trente ans que j’accumule les salles d’audiences, les livres, les débats, les plateaux de télévisions pour défendre ceux qui n’ont plus que leur souffrance mais qui espère au moins la vérité ou les moyens de continuer à vivre dans la dignité.

Un choix certes moins rémunérateur que d’être avocat d’affaires, moins prestigieux que de défendre l’accusé. Mais c’est mon choix, ma vie, ma cause.

J’ai gagné quelques combats. La loi a renforcé les prérogatives des victimes et les magistrats leur ont donné plus souvent la parole. J’ai perdu sur d’autres fronts : tous les préjudices ne sont pas encore reconnus ou équitablement indemnisés. Mais je croyais naïvement que le temps passant, à force de conviction, de pédagogie, la justice ne pouvait qu’avancer.

Puis le crime a été commis. En silence, sans brouhaha médiatique, sans protestation politique, dans l’indifférence quasi générale, on a assassiné la justice. A coup de restrictions budgétaires, de réformes nécessaires mais maladroites ou bâclées, de scandales étouffés, de magistrats irresponsables, d’absentéisme chronique, de démission des hiérarchies, de corporatisme triomphant. Que sais-je encore ? Les armes n’ont pas manqué ! Les mobiles non plus. A commencer par cette vieille méfiance des politiques vis-à-vis du pouvoir des juges.

Justice est morte et le crime est avéré.

Certes on agite encore le cadavre pour donner le change. Sous l’œil complaisant des médias, on ressort les hermines mitées à chaque rentrée judiciaire. On installe en grande pompe quelques citoyens – otages tirés au sort – sur les strapontins des tribunaux correctionnels. On gaspille de précieux jours d’audiences pour un vieux président de la République, un ex-premier ministre, un puissant partouzeur.

Mais pour tous les autres, les sans grade, ceux qui, au quotidien, attendent un divorce, une pension, une décision contre une expulsion ou un licenciement, une indemnisation, l’institution judiciaire montre un encéphalogramme désespérément plat. Les dossiers s’entassent, les délais s’allongent, les experts s’endorment, les greffiers sont aux abonnés absents.

On peut attendre un an une audience, six mois ensuite pour obtenir une décision et six autres mois encore pour en avoir une copie permettant son exécution. Et quand le jugement arrive bourré d’erreurs et d’incohérences, on hésite à faire appel de peur d’en reprendre pour deux ans !

Pour les victimes qui jouent là leur survie, les conséquences de cet enlisement sont catastrophiques. Elles sont désormais livrées à la toute puissance des compagnies d’assurance qui jouent la montre, misent sur la lassitude et le désespoir.

La justice est assassinée et personne ne bouge.

J’ai espéré que les magistrats se révolteraient mais après deux jours de grève1, ils sont sagement rentrés dans le rang. J’ai espéré que les débats autour de l’élection présidentielle permettraient de faire éclater le scandale. Mais les candidats n’ont plus rien à promettre.

J’ai songé à abandonner le combat, à jeter la robe aux orties. Mais cela ne me ressemble pas.

Alors je tente ce blog, cet espace d’expression, de partage, de discussion. L’idée m’en est venu en consultant le site de mon très illustre confrère, Maître Eolas. Sur son blog, pendant quelques jours de février 2011, quelques magistrats en grève se sont confiés, ont parlé de leur quotidien, de leur misère, de leurs doutes, faisant souffler, pour la première fois, un vent de liberté et d’espoir.

Je tente ce blog pour raconter le quotidien des victimes que je défends, l’absurdité d’un système qui ne les entend plus. Pour dire mes stupeurs, mes interrogation, ma colère. Pour susciter des témoignages, des réponses, des propositions.

Pour rencontrer tous ceux qui ne se résignent pas à la mort de la Justice.

1Les magistrats français se sont mis en grève en février 2011 à la suite des as accusations portées contre le fonctionnement de la Justice lors du meurtre de Laetitia Perrais à Pornic.

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2 réponses à Edito

  1. Belledent dit :

    Bravo à vous de défendre et de vs battre pour les causes perdue
    Effectivement je fais partie des victimes de notre société et souhaite votre aide si vs le voulez bien car je laisse tout dormir Épuisée par le laxisme de cette JUUSTICE FRANCAISE
    J ESPÈRE EN VOUS ! MERCI

  2. canter dit :

    Courage.
    Il ne faut jamais rompre le combat.
    Même si la fatigue, la lassitude et souvent l’écoeurement peuvent nous submerger.
    La défense des victimes et de leurs droits est un combat de tous les instants et heureusement qu’il existe encore des femmes comme vous.
    C’est le combat de la vie contre le mal.

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